Janós Bolyai: « À partir du néant, j’ai créé un nouveau monde. »

Créer une nouvelle idée. Plonger dans les pensées, dans un monde particulier, bien à soie. Une idée , tel un éclair, illumine mon sombre monde. Est ce qu’elle sort du néant? La création de cette idée n’est pourtant pas juste sortie de moi. Elle me vient de mes discussions avec les Grands. Poincaré, Rousseau, Descartes et bien d’autres en sont les principaux acteurs. Oui, car je n’ai rien créé, mais le forgeron représenté par mon environnement m’a construit. Il est normal d’utiliser les idées que j’ai rencontrées. Cependant, elles ne sont pas identiques loin de là cette pensée, elles ont évolué. Je ne suis pas en mesure de discuter de la morale de ces pensées. D’abord, car j’en suis l’auteur et qu’il serait difficile d’apporter un point de vue un minimum objectif. Et puis, ce n’est pas le sujet.


En quoi ont-elles évolué? A priori, ma pensée est certainement différente de la pensée d’un philosophe du 19e siècle. Elle s’est mélangée à travers les siècles d’histoire tout en raisonnant avec son temps. Elle puise sa force du passé et sa pertinence dans le présent. Elle est certainement un schéma unique comme toutes les pensées produites. À noter que l’on ne parle pas ici de la pertinence de la pensée. On pourrait se poser la question de son utilité. Est-ce que toutes les pensées sont équivalentes d’un point de vue de l’avancement? Un sujet traité plus tard. Donc, chacune, des pensées naissantes dans l’univers, est unique par l’individualité du créateur de cette dernière.

On peut bien sûr parler des personnes qui reprennent l’idée tel qu’elle. Mais, ont-elles bien compris le message, voir même la signification des mots? Wittgenstein conclurait « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ». Une interprétation possible est qu’il est pour moi impossible de transmettre la totalité de mes idées (dans un sens de la clarté), il m’est donc obligé de garder le silence. Ainsi, il est légitime de pouvoir penser qu’un porteur d’idée n’est pas compris la quasi-totalité du message diffuser. La langue est une barrière pour la pensée.


On se rend bien compte qu’il est presque impossible de créer une pensée ex nihilo. Est-ce vrai dans tous les domaines? La citation ci-dessus de Bolyai (1802-1860) a été exprimée dans une lettre écrite à son père. Et même, si cette histoire n’est peut-être pas vraie, considérons-la comme tangible. Le fils l’écrivit dans le contexte de découverte d’une nouvelle géométrie. Avec des axiomes différents de ceux d’Euclide, il crée un espace exempt de contradiction. Cette géométrie, nouvelle, n’est pas pas plus juste que celle des Grecs. Or, on peut trouver des précurseurs, Gauss (1777-1855) un des premiers à penser à une géométrie non euclidienne. Le penseur était en correspondance directe avec le père de Bolyai, Farkas Bolyai (1775-1856). Il est facile de penser que les idées de Gauss sont indirectement touchées le fils prodige. Cependant, attribuer la naissance de l’idée à Gauss ne serait pas totalement juste. L’idée du génie est une longue maturation et un assemblage d’une multitude de pensées. Pour faire une analogie, certes éloignée, je citerais Poincaré: « Le savant doit ordonner ; on fait la science avec des faits comme une maison avec des pierres ; mais une accumulation de faits n’est pas plus une science qu’un tas de pierres n’est une maison. » Dans un sens, les idées de Gauss ont été créatives et profitables, car elles ont été bien assemblées. Elles ont certainement fait avancer d’un grand pas la science (en soi sa pensée a été plus utile que celle des autres). Donc, même en mathématique il est presque impossible de ne créer à partir de rien.


Une idée d’approche pour la création d’une pensée nouvelle et d’utiliser le principe de l’âme d’enfant. Je m’explique: tel un enfant découvrant le monde, il me doit de voir les nouveaux faits comme pouvant constituer un chemin différent et viable. Bien entendu le chemin le plus commode sera utilisé ou plus beau, cela reste à la discrétion de la personne. En somme, on ne demande pas à l’être pensant de créer une idée sans sentiment. Plus son esprit se rapprochera d’un enfant (il n’aura pas de préjugé), plus il pourra comprendre et accepter des idées qui font à l’encontre de sa pensée. Globalement, une certaine ouverture d’esprit perdu dans un monde trop adulte permettrait une idée d’autant plus riche. Ainsi, pour nous libérer de cette terrible emprise, il faut absorber le plus d’idée. Comme disait Saint Thomas d’Aquin: « Timeo hominem unius libri » (je crains l’homme d’un seul livre ). La richesse créatrice se forge dans le dialogue et le voyage.


Pourquoi une idée peut-être meilleure qu’une autre? Maintenir cette thèse en troublera certains. Mais, il est vrai que toutes les idées ne se valent pas. Je pense que tout d’abord il faut déterminer le but de cette idée. Est-ce qu’elle doit être utile? Doit-elle créer une ouverture? Apporte-t-elle quelque chose de nouveau au sujet? En effet, en mathématique il est très facile de créer des relations. Ce n’est pas pour autant que celle-ci est utile. La généralité sera bien plus riche qu’un simple cas particulier. Or, l’ingénieur préfère, certainement, résoudre le problème, qui est probablement un cas particulier, de la façon la plus rapide. La différence de but permet de classifier les idées entre elles. Cependant, le statut social d’une personne permet aussi la classification de l’importance d’une idée. Faiblesse ou vertu humaines, on aura tendance à croire plus facilement un médecin, par le cursus scolaire qu’il a fait, qu’un astrophysicien sur le sujet des vaccins. Par contre le rejet total de l’avis de l’astronome est pure erreur. Sa pensée peut-être aussi valable que celle du médecin, mais, elle sera remise en cause plus facilement. C’est donc par facilité que nous accepterons plus l’idée d’un médecin.


Pour conclure rapidement, la pensée est un objet complexe. On pourrait écrire mille pages sur ce sujet. Des thèses opposées à mes dernières idées pourraient largement être soutenues. Un exercice intéressant serait effectivement de les soutenir pour pouvoir accéder à une plus large bibliothèque.


"Faire avancer la science pour la science et aussi nécessaire que de faire tourner le monde."


K-Lipschitzienne